Le blog de Bernard Moncoucy

Envisager le pire pour être prêt

 

Simulation d’une pollution aux hydrocarbures à Bayonne



Les usagers du port ont dû être surpris mardi lorsqu’ils ont vu un pétrolier, le Chassiron, entré dans le port de Bayonne, remorqué par l’Abeille Languedoc (1). Aucun signe extérieur ne pouvait les renseigner sur cette agitation en réalité factice puisqu’il s’agissait d’un exercice mené par la préfecture maritime de l’Atlantique. Et heureusement vu le scénario imaginaire auquel ce Chassiron, affrété et mis à disposition pour cet exercice grandeur nature, par Total, était confronté : heurté par un cargo imaginaire, il devait faire face à une voie d’eau dont l’ampleur a été confirmée grâce à différents moyens aériens et une équipe de spécialistes désormais en poste sur le Golfe de Gascogne. Les différentes instances et autorités compétentes, franco-françaises (plan Polmar) et franco-espagnoles (plan Biscaye), savaient qu’un exercice était programmé (le premier de cette ampleur depuis 2002) mais sans en connaître la teneur : « Il s’agissait de tester nos procédures d’alerte et de décision, qui sont le fruit de nos expériences passées, ainsi que la mise en œuvre de nos moyens » a expliqué après coup le vice-amiral d’escadre Xavier Rolin, préfet maritime de l’Atlantique depuis septembre dernier. Des moyens en effet conséquents : plus de douze navires et cinq aéronefs d’organismes divers et de nationalités distinctes. On note en particulier la première sortie du Casa 235, le premier avion spécialisé (c’est-à-dire équipé de moyens spécifiques de détection) de la SASEMAR, l’agence de sauvetage et de sécurité en mer dont l’Espagne s’est dotée depuis qu’elle a montré ses carences, en matière de diagnostic, de moyens et de prise de décision, dans l’affaire du Prestige.
Dans ces conditions, le fait que l’exercice se soit « parfaitement déroulé » est jugé très positif. Tant dans l’analyse de la situation et le remorquage du pétrolier mais aussi dans les phases de ramassage fictif de la pollution (en fait des cosses de riz) qui se poursuivaient hier au large. L’opération a aussi montré que, lorsque le remorquage était possible et que la situation d’un pétrolier le commandait, l’idée de le ramener à terre voire de le faire échouer s’imposait désormais : « Dans ces cas-là, il faut choisir la moins pire des solutions, et celle-ci est la plus efficace, tant en termes d’impact polluant que de sécurité. De plus, l’Union européenne impose désormais que chaque pays définisse des zones refuges ». La pollution du prestige aura au moins servi à cela : dans les règles actuelles, et avec les moyens dont se dotent peu à peu les Espagnols, le trop mal nommé pétrolier coulé n’aurait certainement pas sombré au large, polluant les côtes de la Galice jusqu’en Bretagne…
Bernard Moncoucy


Pyrénées Presse 22 juin 2007

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