Le blog de Bernard Moncoucy

Gala du Cadre Noir - Pas de place pour l'approximation

 

Les coulisses d'un gala


Si chaque représentation du Cadre Noir peut constituer une aventure pour les spectateurs, de l’intérieur tout doit être préréglé à l’avance. D’où une débauche de moyens et de précautions.


Chaque déplacement du Cadre noir de Saumur est un événement qui implique une débauche de moyens et d’énergie peu commune. D’où leur rareté (en moyenne trois déplacements par an) : « Qu’il s’agisse d’aller à Tokyo ou à Pau, les données de départ sont les mêmes » explique Antoine Sinniger, en charge des représentations. Mercredi, quatre camions avec remorques et un minibus (tous noirs évidemment) ont donc traversé la France, les 30 chevaux de ce cortège étant escortés par 47 personnels, notamment deux vétérinaires de l’école. « Il y a évidemment des compétences sur place, mais ceux-ci sont en quelque sorte leurs « médecins traitants », les plus à même de déceler rapidement tout problème ». Points sensibles à surveiller : les articulations, les tendons (notamment pour les sauteurs), le dos, la chaleur et le stress du voyage.
Plus complexe à gérer que le voyage proprement dit, est l’accueil de ces drôles de pensionnaires, fragiles et précieux, nécessitant soins et attention tout particulier. Même si le Cadre Noir a pour gageure de s’adapter aux sites d’accueil les plus  divers, le choix de Pau s’est révélé à ce titre particulièrement judicieux puisque l’hippodrome dispose de toutes les installations adéquates.
« Notre cahier des charges est avant tout axé sur le confort du cheval, pour qu’il supporte à la fois le stress du déplacement et celui de la représentation » résume Patrick Pratlong, chef du département équitation et organisateur des compétitions de l’école. « Un voyage dérange toujours les organismes. Une fois arrivés, les chevaux les plus expérimentés prennent rapidement contact avec leur box puis se reposent. Les jeunes tergiversent davantage, mettent plus de temps à s’acclimater à leur chambre d’hôtel… ».
A Pau, pas de box provisoires donc, pas de courants d’air, pas de proximité prématurée avec le public etc., tout est en dur et conçu pour le cheval. Une aubaine… Quant à la piste, elle répond aussi parfaitement aux besoins du gala, tant en termes de taille (20 mètres de large) que de composition (sable fibré, c’est-à-dire la même qu’à Saumur). C’est loin d’être toujours le cas…
Seul véritable gros aménagement pour l’occasion, l’installation d’une tente de 1200 m2 pour l’échauffement auquel ne doit pas assister le public. Certains détails peuvent aussi se révéler complexes, par exemple pour l’alimentation et la litière, qui doivent parfaitement correspondre aux cahiers des charges draconiens définis par le département Recherche de l’école.  
Certains à-côtés du spectacle auront été plus complexes à mener. Pas vraiment pour le séjour des cavaliers qui, pour le coup, sont aux anges : lors de tels déplacements, les écuyers supportent mal d’être un tant soit peu éloignés de leurs protégés. La proximité des hôtels palois écarte tout souci.
Davantage pour l’encadrement technique, d’abord pour des questions de sécurité inhérentes à toute manifestation d’envergure, mais aussi pour correspondre aux besoins très spécifiques du Cadre Noir. « Musique et lumière doivent rehausser les qualités techniques du cheval, restituer toute sa noblesse » postule Jean-Louis Guntz, maître-écuyer qui mènera le Cadre Noir à Pau. Là aussi, un travail d’orfèvre (voir plus loin).
Bernard Moncoucy


SOUS-PAPIER
Une philosophie des lumières
« C’est comme au théâtre, à part qu’il y a trente chevaux sur scène ! ». Régisseur général du Cadre Noir, Alain Laurioux* vit un rêve éveillé. La ferveur qui l’anime, sans cesse renouvelée (« Ce n’est pas un Holiday on nice qu’il suffit de copier-coller : toutes nos soirées sont adaptées au lieu du spectacle »), a un seul dessein, celui de « mettre en valeur les évolutions des chevaux et de leurs cavaliers, que tout soit brillant et adapté aux différents tableaux programmés ». Lesquels sont organisés par l’écuyer Jean-Michel Poisson, en charge de coordonner toutes les présentations du Cadre Noir, autour d’une première partie didactique, agrémentée de commentaires explicatifs pour donner les clés aux spectateurs et leur permettre de comprendre les différentes évolutions. Vient ensuite une deuxième partie plus épurée, autour des sauts d’école dans toute leur splendeur.
Le cadre musical défini par Alain Laurioux peut se décliner de deux façons. Soit que le spectacle est accompagné d’un orchestre philharmonique, auquel cas il doit réécrire les partitions choisies pour les adapter à ce qui se passe sur la piste. Soit il s’agit de concevoir une bande-son spécifique ; cette dernière option sera celle de Pau, puisque le Cadre Noir s’y produira en extérieur.
Ce travail de conception et de coordination de l’environnement scénographique du spectacle débute deux mois avant la date fatidique, en contact quotidien avec les prestataires techniques locaux, en l’occurrence la société Evenon. « Pour le travail individuel d’un cheval, je cherche des musiques à la mesure de ses possibilités, un seul instrument peut suffire. Quand le travail est collectif, il faut trouver des musiques porteuses pour un ensemble ». Ses instruments de travail ? 3000 cd, une table de montage dernier cri, et beaucoup de passion. « Vous savez, en Europe, la musique, la danse, l’équitation, l’opéra, tout cela s’est codifié un peu en même temps, au XVIII° siècle ».
B.M


* Egalement photographe officiel de l’ENE (plus de 100.000 clichés à son actif, tous soigneusement classés), il est l’auteur d’une trentaine d’ouvrages photos sur le Cadre Noir de Saumur, et a exposé à Paris, Berlin, Londres, Chicago etc.


ECHOS
> Parmi la cinquantaine de personnes mobilisées de Saumur, on compte différents techniciens (entretien spécifique de la piste, lumières etc.) dont ceux… de la régie des portes et des rideaux. « Un vrai corps de métier, au rôle important : il faut des gens affirmés aux yeux des chevaux, à la fois autoritaires et rassurants ».
> L’équipe mise en place à Pau par le producteur des deux soirées, Jean-Pierre Derose*, n’est pas moins imposante : « En comptant les services techniques de la ville, on arrive à une centaine d’intervenants » détaille l’ancien grand argentier du tournoi  de tennis « Passing Shot » de Bordeaux (ville où, en 1992 et 1995, il a déjà organisé quatre galas de présentation du Cadre de Noir de Saumur au Parc des Expositions). « La ville de Pau s’est en effet entièrement mis à notre disposition pour organiser ce double rendez-vous. Et pourtant, croyez bien qu’entre le Tour de France et Intervilles, ils avaient déjà d’autres chats à fouetter ! »
> Exceptionnellement, le feu d’artifice du 14 juillet ne sera pas tiré du Palais Baumont mais de l’hippodrome (en bout de piste), vers 23h45 (un 1/4 d’heure après la fin du spectacle du Cadre Noir).
> Les professeurs de l’École Nationale d'Équitation effectueront une intervention technique et pédagogique au profit des enseignants des régions Aquitaine et Midi-Pyrénées (270 clubs invités) le 13 juillet à l’hippodrome de Pau. Ce avant l’ultime répétition en conditions réelles (mais à huis clos) qui aura lieu en soirée.

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