Pimbo - Enclave moyenâgeuse
Histoire d'une bastide landaise (3)
Perdue dans les coteaux du Tursan, Pimbo fut aux XII° et XIII° siècles au carrefour de territoires de Guyenne et Gascogne, dominant tout le pays d’alentour. Cette situation exceptionnelle, qui explique qu’une bastide y a été créée malgré l’étroitesse de la colline sur laquelle elle repose, les Anglais ont tôt fait de l’apprécier, une fois le territoire entré dans le royaume d’Angleterre. Il faut dire qu’y vivaient en nombre des religieux puisque c’est à Charlemagne, lors de son retour d’Espagne en 777, que l’on attribue la fondation de l’ancien monastère bénédictin « Sainte-Marie de Pendulo », remanié aux XI° et XII° siècles. L’église romane qu’on peut encore admirer, fut servie par les fils de Saint-Benoît, puis sécularisée et remplacée par un collège de chanoines.

La caractéristique de ces coteaux du Tursan est d’être constitués de terrains mis en place durant l’ère tertiaire, principalement à l’époque Miocène (-23 à –6 millions d’années). On y rencontre d’importants dépôts de molasses carbonatées, produits de l’érosion du massif pyrénéen il y a 25 millions d’années. Les fonds de vallons sont occupés par des alluvions récentes (environ 10.000 ans) : galets, graviers, argiles et limons.
L’idée d’y ériger une bastide vient donc naturellement (au point que Pimbo est la plus ancienne des Landes), un contrat de paréage est conclu le 15 décembre 1268 (premier document écrit connu) entre l’abbé de Pimbo, Arnaud de Sanguinet, cinq chanoines de la collégiale de Pimbo, et Thomas Yperhague, sénéchal de Gascogne agissant au nom d’Edouard 1er d’Angleterre. Il partage les droits sur un fief entre deux seigneurs (un religieux et un laïc généralement). En échange des droits de justice et des droits fonciers partagés entre les deux seigneurs, les nouveaux habitants bénéficient d'une protection religieuse de la Collégiale et militaire du château. La bastide a en effet pour but l'implantation d'habitants qui se voient attribués de nombreux avantages garantis par l'octroi d'une coutume (droits des habitants à l'intérieur d'une cité).
Elle sera construite non pas selon un quadrillage classique, un plan orthogonal régulier, mais tout en longueur (rue unique reliant la Collégiale à ce qui fut le château) sur une crête étroite, comme à Miramont ou Baigts, autres bastides- rues. Cet accord donne droit à y construire un château fort, sur une terre donnée par l'abbé. Il occupait le sommet d’une motte artificielle située à l’extrémité ouest du village. Tout sauf un hasard : on y a une vue circulaire sur tous les coteaux environnants et sur les Pyrénées.
Longtemps, elle fut une place épargnée par sa situation et ses fortifications, même pendant les guerres de religion. Pendant la guerre de Cent ans, en 1399, le roi d’Angleterre en fit don à la famille de Castelnau, qui gouverne tout le Tursan. Son déclin date de 1569, lorsque la Collégiale, la bastide, le château fort et les portes de la ville sont complètement détruits par les Protestants : un désastre total condamnant à l’oubli un patrimoine déjà exceptionnel. Le calme revenu grâce à l’avènement d’Henri IV, les chanoines relèvent la Collégiale mais ne réussissent pas à réparer tous les ravages.
Une deuxième vague de mutilations a lieu à la Révolution et le collège des neuf chanoines est supprimé. Madame de Portets, dont le mari a émigré en Espagne, se retrouve seule à la tête du château de Barenne que cette famille habitait à la sortie de Pimbo, vers Arzacq ; elle fit preuve d’un courage exemplaire en recueillant jusqu’à trente prêtres réfractaires…
Malgré ces destructions passées, Pimbo vaut le détour à la fois par son point de vue et la richesse de sa flore et de sa faune, mais également par l’originalité de sa conception toujours visible par ses vestiges. À noter par exemple cette belle maison à colombage, garnie de pierres et de torchis.
Bernard Moncoucy
> Un lieu à découvrir
La Collégiale Saint-Barthélemy

Des trois églises, Sainte Marie-Madeleine, Notre-Dame et la collégiale Saint-Barthélemy, qui ont simultanément existé dans la plus ancienne bastide landaise, ne subsistent que des éléments de la troisième citée. Malgré de nombreuses destructions et restaurations, on y trouve un décor sculpté de la fin du XII siècle hors du commun, notamment les modillons du chevet roman.
L’intérieur, en berceau, a davantage souffert, tant des Protestants au XVI siècle, que des travaux de fortification au XIV siècle, et du remplacement des pierres érodées par un décor de stuc depuis. On peut y voir un crucifix de bois du XVII°, deux statues de saint Marc et saint Barthélemy, et un portail sculpté fin XII°. Il s'ouvre en avancée avec un petit toit, sur un puissant mur pignon ajouré de deux arcades portant deux cloches, et coiffé du chemin de ronde. Une décoration naïve et faussement primitive juxtapose des disques d'allure celtique, des pommes de pins, et des personnages assis et parfois enlacés.
> Insolite
Un Eden préservé
La spécificité des sols calcaires de Pimbo explique à la fois la richesse de la flore spontanée, mais aussi la présence de longue date d’un cortège d’espèces provenant des domaines méditerranéen et pyrénéen (voir Balade). On dénombre par exemple une trentaine d’espèces d’orchidées, rares et protégées. La faune sauvage des coteaux calcaires est aussi exceptionnelle : insectes (papillons de jour, criquets, sauterelles, grillons, libellules, mantes et phasmes), amphibiens et reptiles, oiseaux (rapaces, espèces nicheuses prestigieuses comme l’Élanion blanc, l’Aigle botté et le Busard Saint-Martin).
Les biotopes les plus riches et les plus intéressants sont les pelouses calcaires et leurs formes évoluées, les ourlets. Ils abritent des espèces recherchant des conditions ensoleillées et très chaudes sur terrain calcaire, ce qui est très original pour le département des Landes.
Ce rapport avec la nature authentique est à prolonger chez les producteurs du réseau Bienvenue à la ferme de Pimbo : ferme Moura (05.58.44.49.23), ferme de Nordland (05.58.44.49.80), ferme du Pléchot (05.58.44.49.32), ainsi que chez Marinette et Patrick Dussau, producteurs bios (05.58.44.49.04).
> Balade
Le coteau du moulin de Pimbo
D’une superficie de 8,5 hectares, le site du coteau du moulin de Pimbo, propriété du Conseil général des Landes, propose depuis peu un parcours de découverte sur la diversité et la richesse du patrimoine naturel des coteaux calcaires du Tursan. Le parcours, d’une longueur de 1 km, propose plusieurs panneaux d’information sur les pelouses marnicoles, la géologie des coteaux du Tursan (les pentes exposées au sud, et leur substrat molassique jouent le rôle d’accumulateur de chaleur, ce qui crée les conditions d’apparition d’espèces animales et végétales originales), les mares alimentées par les sources et le ruissellement, les pins laricios et les prairies caractéristiques de cet environnement. Le site est entretenu essentiellement par les troupeaux d’ovins et de bovins ; un complément est assuré mécaniquement (broyage) et manuellement (entretien des clôtures et du sentier de découverte). Des suivis de populations de plusieurs espèces animales et végétales sont réalisés.
NB : cheminer exclusivement sur le sentier, ne pas cueillir la flore ni capturer la faune, éviter d’emmener un chien (ou le tenir impérativement en laisse).
PYRENEES PRESSE, 13/08/07
Par Bernard Bernard Moncoucy, Dimanche 12 Aout 2007 à 19:57 GMT+2 dans Accueil (article, RSS)





