USD - Dans la cour des grands
Pas grand monde n'y croyait, ils l’ont pourtant fait. Et, depuis l’accession des Dacquois dans le Top14, plus rien n’est comme avant. Sauf l’esprit.
Lors de la réception organisée par les supporteurs après la finale, Jean-Philippe Coyola avait pris à son tour le micro pour se rappeler 2002 et les regards sur son dos, qui lui faisaient porter le poids de la descente en ProD2. Avec le recul, il faut bien reconnaître qu'elle était pourtant inéluctable.
Aujourd'hui, il est de ceux qui ont fait remonter le club. Et ça, même avec beaucoup de recul, on peut être sûr que personne - à part les joueurs - n'aurait parié un euro dessus.
C'est pourtant du terrain que ce club moribond, soutenu par un président passionné, doit son renouveau. Un premier sursaut d'orgueil en 2003, avec Tine Martinez et déjà Jean-Fi Coyola, mais des moyens moindres qu'aujourd'hui : les structures du club commencent tout juste à croire à la pertinence du rugby pro, le soufflé retombe l'année suivante.
L'USD joue ensuite presque son va-tout en intéressant Marc Lièvremont. Inutile de s'appesantir sur les qualités de chacun, les faits parlent d'eux-mêmes. Le staff sportif pense surtout à mettre un projet de jeu en place, les joueurs suivent, les résultats puis les dirigeants aussi. Sans faire les fanfarons, sans bluffer sur ses moyens. Résultat des courses : l'USD franchit le cap avec brio, change de division et en même temps de dimension. Qui l'eut cru ?
"Je reconnais que je craignais davantage la ProD2 que le Top14" avoue à présent le président Gilbert Ponteins. "Pas d'un point de vue sportif : ce sera bien sûr difficile, mais je suis d'un naturel optimiste et je fais entièrement confiance au staff. Plutôt pour le reste : dans l'élite, on a davantage de visibilité, à tout point de vue…". Les chiffres se passent de commentaires : 11ème budget de ProD2 l'an passé avec 3,2 millions d'euros, l'USD double pratiquement son prévisionnel en quelques semaines (6 millions d'euros) ! Qui dit mieux ?
"Nous restons évidemment parmi les "petits budgets" mais c'est quand même une autre dynamique. Un seul exemple, vécu aujourd'hui même : là où hier, il fallait se mettre à genoux pour quémander 2.000 euros, on retrouve un an après les mêmes interlocuteurs prêts à investir sans sourciller dix fois plus. Alors, bien sûr, des chèques de 20.000 euros, il va en falloir beaucoup. Mais ça dénote quand même un enthousiasme général". Et comme en plus, d'autres clubs aquitains ont eu “la bonne idée” de laisser la place libre (Agen, Bordeaux, Pau), l'USD fait petit à petit son beurre en Aquitaine, en attendant la fin de négociations avec des sponsors nationaux.
En tout cas, d'ores et déjà sécurisé sur le plan des partenariats et des abonnements, le président Ponteins veut désormais s'atteler à la réorganisation humaine du club : "Nous accueillerons 600 VIP à chaque match, et aussi davantage de public - on attend d'ailleurs avec impatience les 1000 places supplémentaires en pesage gradins promis par la municipalité (NDLR : non couverts mais assis et numérotés, donc avec possibilité d'abonnement) -, il nous faut par conséquent être plus performants en termes d'accueil, d'animation, de relations avec les médias etc.".
Idem au niveau des prestations. Même s'il faut pour le moment se passer de loges ("C'est vraiment dommage, on perd des partenariats potentiels importants faute de structures") en attendant que se concrétise un projet de nouveau stade (ou de stade actuel rénové, l'option n'est pas encore arrêtée politiquement), deux nouveaux espaces VIP vont être mis en place, et dans la tribune principale, et dans ses abords, avec un chapiteau de 1000 m2 installé à demeure près du Jaï Alaï. Et d'ailleurs possibilité de visionner pendant les repas les matchs a posteriori dans des conditions de confort inédites, grâce à un petit bijou d'électronique signé Sony, un des sponsors fidèles du club.
L'USD investit également 80.000 euros dans une nouvelle panneautique (potentiel multiplié par deux, sans parler des emplacements reserves à la LNR) pour optimiser le retour sur investissements des partenaires. "Le Top 14 nous permet de mieux vendre. Encore faut-il avoir quelque chose à proposer". CQFD.

Ces mutations ne doivent évidemment pas toucher l'essence même du club, qui a autant contribué à sa bonne image que ses résultats sportifs. Deux exemples. L'émulation des autres sections de l'USD et du club voisin de la JAD, qui a permis de mettre en place, pendant cette longue intersaison, des entraînements novateurs à base d'autres disciplines que l'ovale (volley-ball, judo, athlétisme, escrime, gymnastique etc.). Une autre preuve du désir de tout un peuple de tirer dans le sens de la discipline phare qu'a toujours été le rugby.
Pareil au niveau de la gestion humaine des joueurs. Il est certes loin le temps des pluri-actifs - seuls deux joueurs de l'effectif le resteront cette saison quand ils étaient encore la moitié il y a deux ans - mais le souci de l'après-rugby demeure la marque de fabrique des rouge et blanc. C'est ainsi que l'USD tient à ouvrir d'autres horizons à ses joueurs par des contrats de professionnalisation leur permettant de suivre une formation professionnelle extra-sportive de leur choix (150 heures). A charge ensuite pour le club de les organiser de telle façon qu'un organisme formateur les suive sur place.
Bernard Moncoucy
EFFECTIF
35 pros sans numéros
Piliers : Seul Mattin Auzqui ne peut jouer que d'un côté de la mêlée, à droite. Boyoud, Rameau, l'ex-Montpelliérain Decamps, "Kas" Lealamanua et Brugnaut peuvent en effet couvrir les deux côtés. Bonet et Pédrosa peuvent rendre service à gauche.
Talonneurs : Pourquoi changer un tandem qui a largement fait ses preuves ? Yves Pédrosa et William Bonet continueront donc à se partager le poste. Deux espoirs peuvent espérer un peu de temps de jeu : Brahim Baffou et Mathieu Paul. Auzqui peut dépanner.
2° lignes : A 36 ans, Rudolph Bérek rempile pour retrouver l'élite qu'il a connue avec son club de toujours. Mazel, titulaire à son aise de la deuxième partie du championnat 2006-2007, et Sierra, auteur de bonnes prestations en début de saison dernière, sont toujours là, tout comme évidemment le solide Guillaume August. L'international samoan Kane Thompson (1,97 m, 112 kg) vient solidifier le poste. Un deuxième ligne polyvalent (5, 7, 8) est attendu de l'hémisphère sud pour début septembre.
3° lignes ailes : En plus de conserver les deux valeurs sûres que sont Deniau et Tournier, l'USD a frappé un grand coup en intéressant l'emblématique Mathieu Lièvremont. Pierre Caillet peut être aligné côté fermé et les espoirs Olivier August, Justin Pendanx et Jean-Baptiste Cros (néanmoins indisponible six mois pour une blessure au genou) auront sans doute une carte à jouer. Un renfort polyvalent et de poids est attendu (voir 2° ligne).
3° lignes centre : Exit Auelua parti au RCT, bienvenue à Thomas Lièvremont pour un ultime défi familial de deux ans. L'international français sera suppléé par le jeune Pierre Caillet, leader du pack montois l'an passé.
Demis de mêlée : Retour aux sources pour le Landais Morlaès, l'expérience en plus. Jean-Baptiste Pezet, titulaire l'an passé, et Julien Lesgourgues, auront leur mot à dire. Laurent Diaz a déjà prouvé qu'il était une alternative très crédible.
Demis d'ouverture : C'est la grande inconnue du début de saison avec plusieurs options possibles. Arrivé d'Aurillac, l'Australien Sweeney est le seul spécialiste mais sort de Fédérale 1. S'il ne bute pas, ses aptitudes de jeu ont vite convaincu le staff de lui faire confiance. Antoine Vignau-Tuquet avait été recruté l'an passé pour se stabiliser comme ouvreur mais a finalement peu eu l'occasion de le faire. Ludovic Courtade s'y est souvent montré à son avantage. L'option Argel ("La meilleure passe de l'équipe") semble prise au sérieux. Duncan Bell a également des aptitudes, comme Gavin Williams. International - 18 ans anglais, le potache Georges Drake, intégré au centre de formation pour deux ans, a besoin de travailler mais suscite de vrais espoirs.
Centres : Kefu parti, l'USD s'est mise à la recherche de centres physiques. Bonne pioche avec l'international géorgien Irakli Giorgadze (Bourgoin) et le Néo-Zélandais Duncan Bell (les deux à 100 kg), le second étant recommandé par la même source qui avait déniché Kefu et Auelua. Moins gaillards mais plus rapides, Argel et Roque évoluent également dans ce registre percutant-passeur. Quant à l'explosif Courtade, il sait tout faire.
Ailiers : Les Dacquois misent toujours sur deux types de profils, les BMW (M'Bu, Tutard) et les Ferrari (Hiriart, Dabrin).
Arrières : Le Samoan Gavin Williams apporte un profil nouveau avec son physique de déménageur. Dans des registres différents, confiance est maintenue aux relanceurs que sont Laurent Diaz et Antoine Vignau-Tuquet.
MIDI OLYMPIQUE, juillet 2007
Par Bernard Bernard Moncoucy, Dimanche 12 Aout 2007 à 20:24 GMT+2 dans Sports (article, RSS)





