Une vie brisée, d'autres transformées
Après le drame d’Habas (40), l’association Ken-Back est née
« C’est difficile à expliquer pourquoi, mais, dès que nous avons appris
la nouvelle de l’assassinat de Ken, nous nous sommes dits : c’est
arrivé à notre fils, il ne faut pas que ça arrive à d’autres ».

Malgré l’abattement, les parents de Ken McDermott, mort d’un coup de couteau en défendant un ami fin juin dernier lors des fêtes de Habas, ont décidé d’agir, de canaliser leur révolte, de la sublimer. « Ce n’est pas un fait divers, mais un fait majeur. Soit on se focalise sur l’acte et on devient fou, soit on essaye de transformer cette douleur en quelque chose de positif » explique la maman de Ken, portée par une volonté pas commune. « Cela doit aller au-delà des mots, les gens, et notamment les jeunes, ont besoin d’actions. Et comme j’ai toujours cru en l’Homme… ». Un trait familial qui était aussi caractéristique de Ken : à 18 ans, il avait derrière lui plus d’engagements, en particulier dans la prévention et la non-violence, que beaucoup dans toute une vie. Ce qui explique aussi l’ampleur de la mobilisation autour de l’initiative de ses parents qui, dans un second temps, n’aura pas de mal à trouver déclinaisons et relais locaux dans d’autres départements. « Pour le moment, nous sommes encore dans le cri ; la seconde étape se prépare ». De fait, les statuts de l’association Ken-Back ont été déposés cette semaine, un site internet va bientôt suivre.
Ce « cri » a déjà largement été entendu. Dès le surlendemain du drame, une lettre de sensibilisation est adressée aux comités des fêtes, élus et même ministre de l’Intérieur. Dans la foulée, une pétition est lancée (plus de 800 signatures en quatre jours) demandant davantage de services d’ordre pendant les fêtes, et un blog est créé (http://perso.orange.fr/ken.mcdermott/). Depuis, connaissances de Ken et inconnus, festayres choqués, parents inquiets, élus locaux, y font part de leurs ressentis, de leurs constats, de leur volonté de s’engager dans la lutte qui anime désormais ses parents, Sabine et Mac McDermott, ainsi que toute leur famille.
Surtout, des affiches de Ken ont été distribuées aux quatre coins des Landes et des Pyrénées-Atlantiques, avec leur petit effet. Ainsi, ce témoignage de la responsable d’une bodega montoise, toujours sur le blog : « Ken, il m'est arrivé de simplement montrer ton visage du doigt pour calmer les esprits… ».
« En 45 jours, 114 villes ont été affichées, avec autorisations. Les grandes telles Bayonne (200 affiches), comme un petit village de 34 habitants » explique le père de Ken, lui aussi plus à l’aise dans l’action. « Maintenant, nous sommes davantage organisés, on appelle les comités des fêtes avant pour qu’ils les affichent eux-mêmes. 98% le font ». Cette première salve confirme la première idée : « On se rend compte que certaines communes vivent dans la crainte qu’il se passe quelque chose pendant leurs fêtes. Nous voulons désormais qu’on fasse, non plus le minimum, mais le maximum pour assurer la sécurité » constate Mac McDermott.
Et les pistes d’action ne manquent pas. « Nous voulons agir de manière préventive, dans les collèges, les centres de loisirs, les clubs sportifs etc. Notre lutte contre la violence visera toutes les manifestations festives, ludiques, sportives et culturelles. Nous voulons aussi sensibiliser les pouvoirs publics, sur la nécessité de garantir des budgets sécurité à chaque événement. Pourquoi pas des commissions spécialisées, à l’image de ce qui est fait pour les bâtiments ? Enfin, il faut aussi aider les familles, celles d’enfants agressés qui n’osent pas, ou ne savent pas, réagir, porter plainte ou simplement s’informer. Mais aussi celles d’enfants agresseurs, démunies pour contenir ces comportements belliqueux ». Les idées ne manquent pas, pour former les vigiles, pour apprendre à maîtriser ceux qui « chauffent », pour encadrer les fermetures (« C’est à ce moment-là que les risques sont les plus grands et que l’encadrement doit être le plus conséquent »), pour proposer dans la nuit à manger à prix abordable, pour octroyer de vrais avantages aux « capitaines de soirée » etc. L’affaire de toute une vie, celle à venir des McDermott.
Bernard Moncoucy
Pyrénées Presse, 18/08.07
Par Bernard Bernard Moncoucy, Jeudi 16 Aout 2007 à 18:59 GMT+2 dans Accueil (article, RSS)





